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Orléans : le dialogue des Carmes

Malgré les obstacles administratifs, la mairie souhaite toujours élargir la rue qui mène au centre-ville.

  • Xavier Naizet
  • Publié le 01/12/2011 | 16:57
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Les Carmes - Réunion sur le projet d'élargissement

Malgré les obstacles, la mairie d'Orléans poursuit son projet d'élargissement de la rue des Carmes soit la destruction de plusieurs milliers de mètres carrés sur une longueur de 100 mètres.Malgré l'avis de la commission régionale de protection des sites qui a demandé que 2 immeubles soient classés.

Serge Grouard, le maire d’Orléans et son 1er adjoint Olivier Carré ont de la suite dans les idées.

 Ils veulent convaincre les Orléanais de la pertinence de leur projet d’élargissement de la rue, ce qui impliquerait la destruction d’une quarantaine d’immeubles, sur une longueur de plus de 100 mètres.

Il y a un an, à l’occasion d’une première enquête d’utilité publique, les deux tiers des personnes qui s’étaient prononcées étaient opposées à cette destruction. Obligée de faire une première concession, la mairie avait alors renoncé à l’idée de faire cohabiter les voitures avec la future 2e ligne de tramway et avait décidé la piétonisation du quartier.

Depuis, les opposants à l’élargissement (principalement regroupés au sein de l’association « Aux Carmes citoyens ») ont gagné une autre bataille devant la commission régionale de protection des sites. Cette instance composée d’experts du patrimoine, tels que les architectes des bâtiments de France et des monuments historiques, a proposé que deux immeubles de la rue, le 45 (datant du XVe siècle) et le 59 (datant du XVIe), soient classés « monuments historiques », ce qui interdirait leur destruction.

En attendant la décision du préfet, (seul autorisé à prendre ou non cette décision de classement), la mairie, peu satisfaite des conclusions de la précédente, relance à partir du 15 novembre une nouvelle enquête d’utilité publique.

En préalable, elle a organisé début novembre deux réunions publiques pour expliquer son projet qui prévoit une destruction totale du quartier suivie d’une reconstruction de bâtiments modernes.

La réunion du 7 novembre, consacrée aux questions d’urbanisme, a rassemblé quelques dizaines de personnes. Pour la plupart des riverains, des commerçants du quartier, beaucoup de retraités. Peu de gens en revanche représentatifs de la population métissée qui habite le quartier et dont il a beaucoup été question puisque certains suspectent la mairie de vouloir, avec cette opération, orchestrer un nettoyage social.

La salle n’était pas entièrement hostile au projet municipal mais elle était clairement divisée en deux camps. D’un côté, ceux qui considèrent que l’élargissement est acquis et qu’il n’y a plus qu’à discuter de l’esthétique des futurs immeubles. De l’autre, ceux qui s’opposent à l’élargissement et qui souhaitent une rénovation de bâtiments allant du XVe au XVIIIe siècle, telle qu’elle a été réalisée dans le quartier Bourgogne.

Un peu secoué par les seconds, l’adjoint au maire Olivier Carré (par ailleurs député UMP), a insisté sur l’incompatibilité entre le format actuel de la rue et l’accueil des milliers d’étudiants prévu à terme sur le site reconverti de l’hôpital Porte-Madeleine. Critiquant autant les opposants à l’élargissement que les membres de la commission régionale de protection des sites dont il a publiquement mis en doute la crédibilité.

Dans l’attente des conclusions de l’enquête d’utilité publique et de la décision du préfet qu’il espère favorables, M. Carré a rappelé ses objectifs. Un début de chantier en 2013 pour une fin de travaux en 2016-2017, avec un coût pour le budget de la commune qui ne serait que de 15 millions d’euros.

La mairie d’Orléans réagit à notre article :

Suite à votre article publié le 11 novembre 2011sur le site deFrance 3, la Mairied’Orléans souhaite apporter quelques précisions :

Le projet proposé dans le cadre de la ZAC Carmes Madeleine est une requalification d’un quartier du centre ville d’Orléans, méritant, au même titre que les quartiers Bourgogne ou Châtelet, de bénéficier de la rénovation urbaine mise en œuvre depuis 10 ans par la Mairie d’Orléans.

Le respect du patrimoine architectural de la ville d’Orléans est le fil d’Ariane de la Municipalité. L’ensemble des travaux menés depuis 2001 en est la preuve.

Ce projet porte également en lui l’arrivée souhaitée d’équipements d’enseignement supérieur en centre ville et ce afin que la vie étudiante apporte son dynamisme à notre cœur de ville.

Premièrement, il n’est en aucun cas question de la « destruction totale du quartier ». Il est regrettable que n’ait pas été apportée la précision que seuls 18 immeubles situés en front sud de la rue des Carmes, soit moins d’1/4 du front bâti de la rue, soit environ 1% de la ZAC, sont concernés par le redimensionnement de cette portion de rue. L’aménageur a d’ailleurs d’ores et déjà acquis près des deux tiers des lots à l’amiable.

Deuxièmement, concernant la commission régionale, l’avis qu’elle a rendu sur les bâtiments 45 et 59 de la rue, n’est pas un avis de classement au titre des « monuments historiques », comme vous le mentionnez, mais bien un avis d’inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Deux reconnaissances qu’il est bon de distinguer. En outre, il ne s’agit que d’un avis simple ne liant pas le préfet.

Il est à noter par ailleurs que la Mairie d'Orléans s’est engagée alors même qu'aucun élément architectural remarquable n’a été révélé par la Zone de Protection du Patrimoine Urbain et Paysager (ZPPAUP) sur le périmètre proposé à l’alignement, à protéger les éléments dignes d’être conservés. A titre d’exemple, c’est ce qui est fait également dans le projet de la ZAC des Halles.

Il s’agit, dans le cadre du projet de la ZAC Carmes Madeleine de restituer les façades du n°45 et du n°59 par le repositionnement ou la réutilisation partielle des éléments constitutifs les plus significatifs. De même les caves sous ces immeubles seront protégées et la charpente de toiture du 59 conservée. Ces deux bâtiments ne bénéficient pourtant ni d’une « identification » par le POS, ni d’une protection renforcée au titre de la ZPPAUP, alors même que ce document présente une étude très détaillée des immeubles de l’intra mail, dont certains au nord de la rue des Carmes.

Nous vous rappelons que la ZPPAUP a été réalisée à la demande même de la Mairie d’Orléans. Il a été réalisé par des experts du Patrimoines, et notamment par l’architecte des bâtiments de France.  

Troisièmement, dans le cadre de la phase d’enquête publique qui s’est ouverte mardi 15 novembre, ce ne sont pas 2 mais 3 réunions publiques qui ont été organisées par la Mairie d’Orléans, et ce pour que les Orléanais puissent prendre connaissance du projet et présenter leurs observations et suggestions à ce sujet. Il est précisé en outre que plusieurs autres réunions s’étaient déjà tenues en 2010 et 2009.

Le Forum citoyen du 6 octobre 2011 a été l’occasion d’une présentation aux habitants d’ensemble du projet et des études menées par les cabinets d’expert. 

Lors de la réunion thématique du 2 novembre 2011, ont été abordées dans le détail les questions d’usage de la rue et de commercialité du quartier des Carmes.

Enfin, le 7 novembre, ce sont des questions relatives à l’architecture et à l’urbanisme qui ont été soulevées.

Lors de chaque réunion et forum, au temps de présentation succédait un temps de parole aux habitants et d’échange avec les représentants du projet. 

Quatrièmement et pour finir, quant aux suspicions de « nettoyage social » relevées dans vos propos, la Mairie d’Orléans tient à préciser qu’elle honnit ce genre d’opération, et que ce type d’accusations est indigne de ceux qui les colportent. La politique menée depuis 10 ans par cette Municipalité a permis de conserver une offre locative de loyers modérés dans des logements de qualité qui font d’Orléans l’une des grandes villes de France les moins chères. Cette politique a conduit à un doublement du logement locatif social dans l’intra-mail.

Quelques précisions au sujet du communiqué de la mairie d’Orléans et de notre article.

1 Notre article indique que le projet prévoit « la destruction d’une quarantaine d’immeubles, sur une longueur de plus de 100 mètres. »

La mairie préfère retenir le chiffre de 18 immeubles détruits en front de rue. Mais au total, en tenant compte des logements situés plus en retrait, c’est bien une quarantaine d’immeubles qui disparaitraient (35 exactement selon les estimations de l’association « Aux Carmes Citoyens. »)

2 Notre article indique que la commission régionale du patrimoine et des sites a proposé que deux immeubles soient classés « monuments historiques. »

La mairie précise qu’il s’agit d’un « avis d’inscription à l’inventaire des monuments historiques »

Des mots différents pour exprimer une réalité très semblable. Si le préfet prend la décision de classement, le 45 et le 59 ne pourront pas être démolis.

3 – Le communiqué de la mairie parle de « suspicions de « nettoyage social » relevées dans vos propos. »

Il s’agit bien évidemment de propos qui ont été tenus publiquement lors de cette réunion par des opposants au projet, comme le signalait notre article : « certains suspectent la mairie de vouloir… opérer un nettoyage social. »

Voir le reportage sur la 2e réunion publique à Orléans.

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